Le cadre règlementaire

Depuis 2018, tous les pays de l'Union Européenne sont soumis à la RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données). Cela concerne tous les types de données personnelles, dont les données d'apprentissage font partie. Mais à quel point ce cadre est-il contraignant ? Est-ce qu'il peut compromettre votre projet Learning Data ?

Dans l'esprit, la RGPD n'a pas pour but de brider l'utilisation des données personnelles. Elle vise simplement à protéger les intérêts des usagers. Vous devez notamment :

  • Etre transparent sur l'usage que vous faites des données collectées ;
  • Obtenir le consentement explicite de l'utilisateur ;
  • Lui permettre d'accéder à ses données personnelles ;
  • Lui permettre de récupérer ou transférer ses données personnelles ;
  • Supprimer les données personnelles à sa demande (droit à l'oubli).

Ne collectez que les données vraiment nécessaires pour atteindre votre objectif.

Cette consigne de la CNIL mérite toute votre attention. Vous ne pouvez pas collecter des données au hasard, sans une idée précise et légitime de leur usage. Il est donc important que vous conceviez votre stratégie Learning Data avant de commencer à collecter les données, car c'est elle qui apportera les justifications nécessaires.


Au-delà du cadre

Le cadre règlementaire est important, mais il ne constitue pas un risque majeur pour votre projet Learning Data. A mes yeux, la principale menace est ailleurs. C'est le risque de rejet par les usagers.

Il faut bien avoir conscience que l'utilisation des données personnelles fait naitre chez certaines personnes une peur viscérale. Les apprenants comme les formateurs peuvent se sentir observés et jugés en permanence. Il peut s'en suivre un changement de comportement qui sera néfaste pour votre projet. Par exemple :

  • Sous-utilisation : à chaque fois qu'ils le pourront, les usagers réticents se détourneront de vos solutions pour revenir à des moyens plus basiques (papier, outils alternatifs).

  • Utilisation biaisée : à chaque fois qu'ils en auront l'occasion, les usagers réticents biaiseront la collecte de données. Cela peut pénaliser des stratégies de feedbacks, enquêtes de satisfaction, etc.

Ces 2 comportements sont de nature à altérer la qualité de vos données : absence de données dans le premier cas, présence de données fausses dans le second cas.


Obtenir l'adhésion des usagers

Vous n'avez pas le choix : il faut convaincre les utilisateurs de l'intérêt des Learning Data. Voici 3 stratégies complémentaires qui pourront vous y aider.

Le contrat de confiance

La principale crainte des usagers est celle d'être jugée. Je pense en particulier aux formateurs qui n'apprécient guère que l'on mette le nez dans leurs affaires. Sur ce point, la seule approche qui me semble viable est de vous engager à établir un véritable climat de confiance, à l'opposé de toute culture punitive. Il faut pouvoir garantir que les données ne seront jamais utilisées contre l'intérêt des usagers.

La valeur ajoutée fonctionnelle

Une autre approche pour emporter l'adhésion des usagers est de démontrer que l'exploitation des données apporte une réelle plus-value fonctionnelle. Vous pouvez même laisser l'utilisateur libre d'activer ou non ces fonctionnalités. Nous faisons cela tous les jours avec notre SmartPhone, par exemple en acceptant d'être géolocalisé par Google Maps pour obtenir la fonction GPS.

Des espaces "data-free"

La dernière approche que je vous propose est de ne pas être trop radical en voulant tout tracer. Sur certaines activités, vous pouvez abolir tout système de suivi automatisé et vous contenter de données déclaratives saisies par l'apprenant. Vous lui laissez ainsi des bulles d'intimité et lui montrez que vous avez confiance en lui.